EXCLUSIVE INTERVIEW !
Cameraman

 

– Comment et pourquoi êtes-vous devenu illustrateur ?

J’ai toujours aimé dessiner, raison pour laquelle j’ai étudié pendant 5 ans à l’Ecole des Arts Appliqués à Paris. Après mes études, j’ai choisi d’écrire et d’illustrer des livres pour pouvoir rester libre de naviguer avec mon épouse Monique à travers le monde sur un bateau, loin du téléphone et des rendez-vous quotidiens, en vivant de mes royalties. Le rêve…
Pourquoi pour les enfants ? Sans doute parce que j’ai mis du temps à grandir…

 

– Qu’est-ce que vous avez aimé faire le plus : de dessiner ou d’ecrire des histoires ?

Les deux me passionnent, à des degrés divers selon le sujet traité. Dans tous les cas, je ne suis à l’aise que si je concois l’ensemble : , imaginer l’histoire, écrire les textes, dessiner ou tracer les esquisses de dessin, et réaliser la mise en page, comme je l’ai toujours fait dans pratiquement toutes mes productions.

 

– Comment est-ce que vos livres ont été concus ? (textes, dessins,…) et comment vous commenciez un tel travail ?

Avec de l’instinct, de la réflexion, et un peu d’imagination! En fait, la création ne me pose jamais de problème, ni le goût du travail (je suis du genre actif-ne-tenant-jamais-en-place). J’ai à chaque fois défini le sujet d’une série de livres, choisi un format et un nombre de pages, puis réalisé une esquisse du premier album que j’ai soumis à un éditeur (Casterman, Nathan, Hachette, etc). Une fois d’accord avec lui, j’ai reumi la documentation en rapport avec le sujet traité, puis écrit et illustré (ou fait illustrer d’apres mes esquisses par mon frère Gérard Grée ou mon ami Luis Camps) chacun des titres des diverses collections. Avec de la passion, car je ne peux rien faire si je ne suis pas passionné par le sujet. Et comme presque tout m’intéresse, vous imaginez…

 

– Quels étaient vos pensées en dessinant….?

Je vivais sans doute la scène que j’étais entrain d’illustrer. A moins que ce ne soit à Kim Basinger ou au prochain appareillage ?

 

– Comment est-ce que Romeo a été concu ? a-t-il été modele d’apres un chien réel ?

Non, de manière purement imaginaire au bout du crayon, en cherchant une silhouette  cocasse et sympathique (j’ai pourtant toujours des bergers allemands, comme mon actuelle Sally).

 

– Pourquoi avez-vous decidé de ne plus faire des illustrations mais d’ecrire les histoires uniquement, et pourquoi avez-vous terminé les publications d’enfants complètement ? Qu’est-ce que vous avez fait après ?

J’ai cessé d’illustrer des livres pour enfants parce qu’en raison du style dépouillé de mes dessins, j’avais l’impression de me répêter indifiniment, par exemple reproduire les mêmes arbres, les mêmes animaux, les mêmes maisons. Je finissais par avoir l’impression de perdre mon temps, alors que j”avais envie d’expliquer aux petits (et aux plus grands aussi), par le texte et l’image d’une manière claire, le monde qui nous entoure. Sur beaucoup de sujets que je n’aurais pu traiter si j’avais dû les illustrer également. Le temps passe si lentement lorsque l’on dessine avec minutie…
Après les livres d’enfants, j’ai énormement écrit chaque mois dans une revue nautique (Voiles-et-Voiliers) et publié des ouvrages de navigation (Gallimard), toujours sous la forme de guides d’initiation abondamment illustrés de dessins et de photos. Plus techniques, et pour adultes cette fois (j’avais grandi entre temps).

 

– Est-ce que vous avez fait beaucoup du travail sur votre voilier, en voyagant ?

Un seul livre pour enfants (Les plantes), qui me valut beaucoup d’efforts et de contraintes, car la vie en bateau impose une grande disponibilité à son égard. Sinon beaucoup d’articles sur les pays traversés, les conditions de navigation locales, etc. pour initier les futurs candidats a l’aventure marine.

 

– Est-ce que vous étiez intéressé dans les voiliers déjà quand vous étiez jeune ?

Cette passion des évasions à la voile m’est venue vers l’âge de 15 ans après avoir lu les récits de navigateurs comme Alain Gerbault, Slocum, et beaucoup d’autres. C’est en dévorant leurs exploits que j’ai appris la navigation au grand large, par esprit d’indépendance, de liberte réelle et d’envie d’affronter seul (avec Monique) les problemes poses par l’aventure maritime et l’isolement.

 

– Avez-vous recontré du mauvais temps ou des tempètes sur votre voilier ?

Lorsque l’on traverse les océans, on ne choisit pas les conditions météorologiques du moment. Il faut faire face, et il nous est bien entendu arrivé d’encaisser du gros mauvais temps en haute mer ou près des côtes (le plus dangereux) sans l’avoir souhaité. Mais avec un bateau adapté, un peu d’expérience et un brin de logique, tout se passe sans problème. Ou presque. Ce fut notre cas au cours des quelques 75000 milles (environ 135000 km) parcourus entre 1970 et 1983 par Monique et moi à bord de nos bateaux entre deux escales studieuses dans notre maison de Saint-Cloud.  

 

– Comment avez-vous rencontre votre epouse ?

Le jour de sa fin d’études secondaires, par une amie de mon frère. Coup de foudre immédiat : elle rêvait de vivre en péniche, et moi en voilier! Depuis, inséparables, nous ne pouvons rien faire l’un sans l’autre après plus de 40 ans de mariage (+ 3 ans de fiancailles)…

 

– Qu’est-ce que vous aimez manger ? et qu’est-ce que vous n’aimez pas ?

J’ai des goûts très simples en matière de cuisine et suis incapable d’avaler un  mets que je ne connais pas. Donc pas de plats exotiques, et de grandes difficultés en voyage à l’étranger…

 

– Que faites vous dans votre temps libre ?

Curieux : je n’en ai pas. Mais si j’en avais, je crois que je ferais des livres et de la navigation à voile… Car j’ai eu la chance de faire dans la vie ce que j’ai choisi de réaliser, et d’en vivre.

 

– Quel sorte de musique aimez-vous ?

La musique classique et le jazz. Pendant mes études, je gagnais ma vie en jouant de la basse puis de la clarinette dans les caves parisiennes du Quartier Latin, en style New Orleans à l’époque. Puis j’ai monté une formation de Jazz moderne pendant les années 60 en jouant du tenor sax, en amateur bien entendu et pour le plaisir. A présent je me détends en jouant “en orchestre” tout seul sur mon époustouflant synthétiseur (il me donne l’impression d’avoir du talent). Tiens, cela réponds aussi à la question précédente…

 

– Comment est-ce que vous avez connu Mr. Peynet ?

C’etait un ancien élève de mon école de dessin. Je l’avais contacté pendant mes études à l’occasion du tournage d’un film d’amateur que des copâins et moi avions consacré à cette école. Nous avions ensuite établi ensemble des projets de films en dessin animé avec ses personnages, qui ne se sont pas réalisés en raison de mon départ au service militairez (28 mois!!). C’était le plus doux et le plus agréable des artistes de son temps.

 

– Quels étaient vos sentiments quand vous avez revu vos livres d’enfants pour faire le

calendrier et de trouver des nouveaux idées pour vos créations ?
De l’emotion, de l’étonnement à la vue de dessins que j’avais oubliés (je ne feuillette ni ne lis jamais mes anciennes productions) et beaucoup de sympathie et de reconnaissance pour RicoBel qui ont eu la formidable idée de les faire revivre de cette maniere. Encore merci à eux, et à leur inlassable dynamisme.

 

– Comme il y a beaucoup de jeunes illustrateurs qui vous respectent et se sont influncés par votre oeuvre maintenant, est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont influencés quand vous étiez jeune ?

Ravi (et ému) d’apprendre que j’ai quelque influence sur de jeunes illustrateurs. Je l’ignorais totalement, mais en suis excessivement touché. Pour ma part, mes débuts ont beaucoup été influencés par les illustrateurs américains Alice et Martin Provensen. De délicieux artistes des années 50-60.

 

– Avez vous un message pour les fans ?

Je les remercie de l’intérêt qu’ils ont l’indulgence de porter à mes oeuvres d’autrefois, intérêt qui me surprend et qui me touche beaucoup. Merci beaucoup à vous tous.

 

Car 2CV